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 La planète des puces

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Gintonik

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Localisation : Chine
Date d'inscription : 28/04/2006

MessageSujet: La planète des puces   Jeu 1 Juin - 10:15



Mille milliards de mouchards

Michel Alberganti
01.06.06

George Orwell imaginait son Big Brother bardé de caméras. Mais c'est un autre espion, presque invisible, qui s'apprête à envahir notre vie quotidienne. Etape marquante, le 22 mai, la généralisation du passe sans contact Navigo destiné à remplacer les Cartes orange a consacré l'entrée des puces radio dans la poche des Franciliens. Chacun de leurs voyages sera, désormais, répertorié et identifié. Les entreprises ASK et Axalta, qui fabriquent les Navigo, tablent sur la production de 4,5 millions d'unités d'ici à 2007.

Au coeur du passe sans contact, une puce électronique munie d'une antenne. Rien de plus, en apparence. Mais le système Navigo intègre également des ordinateurs et des bases de données. Pour lutter contre la fraude, les informations sur chaque voyageur seront conservées un certain temps. Anodin et pratique, Navigo marque en fait l'entrée dans un nouvel univers constellé de puces communicantes. En perspective, la surveillance permanente de chacun des gestes des citoyens grâce aux objets transformés en mouchards.

La technologie est prête. Elle se nomme "identification par radiofréquence" (radio frequency identification ou RFID en anglais) et se présente, le plus souvent, sous la forme d'étiquettes adhésives, les tags, intégrant puce et antenne. L'ensemble peut être incorporé dans pratiquement tous les objets : automobiles, appareils électroniques, vêtements, livres, ameublement, jouets, emballages alimentaires... Même dans le papier à lettre. Un tag RFID n'a pas grand-chose de commun avec le code-barres, qu'il remplace officiellement. Il s'agit en fait d'un minuscule ordinateur communicant, d'une puissance équivalente à celle des PC produits en 1985.

Ces performances étendent les fonctions des puces radio bien au-delà de la simple identification. "Elles peuvent collecter des informations provenant de différents capteurs, explique Marc de Fréminville, responsable des ventes de solutions RFID en Europe du Sud-Ouest chez IBM France. Cela peut améliorer, par exemple, la traçabilité alimentaire grâce à la création d'un historique des températures de chaque produit et l'émission d'une alerte en cas de dépassement de certains seuils." Il envisage même des "pluies de microcapteurs" largués sur des zones géographiques sensibles. "Les puces communiqueront entre elles et avec des bornes d'interconnexion, qui analyseront, par exemple, les informations de température et d'humidité recueillies", indique-t-il. Des alertes aux incendies comme aux inondations pourraient ainsi provenir du terrain lui-même, en économisant les observations aériennes. Lors d'un récent congrès, le cas du marché aux fleurs d'Amsterdam a été évoqué. Là, des dizaines de milliers de bacs à fleurs doivent être localisés et surveillés en permanence afin de garantir la qualité des produits.

Les tags RFID se répartissent en deux grandes familles : les passifs et les actifs. Toutes deux émettent et reçoivent de l'information, et leur mémoire est modifiable à distance. Les tags passifs, privés de source d'énergie propre, sont activés par le champ électromagnétique généré par les appareils de lecture. Ainsi, leur distance de communication reste limitée de quelques centimètres à quelques mètres. Les tags actifs, eux, disposent d'une batterie intégrée qui augmente leur portée jusqu'à quelques dizaines, voire quelques centaines de mètres. Le fabricant anglais de plaques minéralogiques Hills Numberplates, qui les a logés dans ses e-Plates, a montré que l'identification des automobiles fonctionne alors jusqu'à 320 km/h à une distance de 100 mètres. Et plusieurs voitures peuvent être reconnues simultanément...

Certes, les puces radio n'aiment pas le contact avec le métal et le liquide. Mais cela ne freinera guère les applications, déjà innombrables, des tags passifs. France Télécom estime que, dès aujourd'hui, "13 milliards de machines en Europe ont la possibilité de communiquer entre elles". Marc de Fréminville révèle le véritable moteur du développement des puces radio. "En 2005, les étiquettes passives coûtaient entre 17 et 20 cents de dollar. Cette année, elles coûteront moins de 10 cents, soit environ 8 centimes d'euro." Les projections des cabinets d'analyse intègrent les effets de cette baisse rapide des prix.

IDTechEX a estimé, en décembre 2005, à 2,4 milliards le nombre de puces RFID mises en service depuis leur invention, qui remonte, en fait, à soixante ans. Dès 1944, les avions étaient identifiés par radiofréquences. Une seconde étude, publiée en janvier, estime que les ventes mondiales passeront de 600 millions d'unités en 2005 à 1,3 milliard en 2006 et 485 milliards en 2016... Au cours des dix prochaines années, quelque 1 400 milliards de puces RFID devraient ainsi être commercialisées.

Une telle invasion n'ira pas sans réactions. Déjà, les premières expériences d'introduction massive de puces radio dans les produits de grande consommation ont rencontré de violents rejets. Caspian, une association de consommateurs créée par Katherine Albrecht, dénonce ainsi le "pistage de tout, partout" avec le slogan : "Big Brother est-il dans votre chariot d'alimentation ?" En 2003, Caspian s'est mobilisée contre le projet de Gillette expérimenté à Cambridge par la chaîne de distribution anglaise Tesco pour lutter contre le vol des lames de rasoir Mach3. Selon le quotidien The Guardian, un tag RFID déclenchait la prise d'une photo du client lorsqu'il saisissait un paquet de lames sur le présentoir. A la caisse, une seconde prise de vue permettait, en la comparant avec la première, de vérifier l'identité de l'acheteur. Gillette aurait commandé, à l'époque, 500 millions de tags à l'entreprise Alien Technology. Après l'appel au boycottage du fabricant de rasoirs par Caspian, Gillette renonçait, pour au moins dix ans, aux tags RFID dans les produits eux-mêmes, les réservant aux palettes et cartons.

Cette expérience ne semble pas décourager le géant américain de la distribution Wal-Mart, qui a "incité" 130 de ses 61 000 fournisseurs américains à équiper leurs produits d'étiquettes RFID en janvier 2005. Cette année, 200 nouveaux fournisseurs ont dû adopter les puces radio et 300 doivent les rejoindre en janvier 2007. Sur son site, le distributeur explique que les consommateurs bénéficieront d'une meilleure disponibilité des produits grâce aux tags RFID. S'engageant à protéger leur vie privée en ne recueillant aucune information sur eux, il ajoute : "Cependant, le choix de conserver le tag ou de le jeter après votre achat vous revient entièrement."

Le consommateur utilisera-t-il cette possibilité ? Lui sera-t-elle clairement expliquée ? Lors du Salon Traçabilité 2006, qui s'est tenu à Paris du 24 au 26 janvier, une étude réalisée par GS1 France sur "la perception de la traçabilité chez le consommateur final" montre que cette notion reste fortement associée... à la crise de la vache folle. Le sondage révèle une forte association entre traçabilité et qualité des produits. Seuls 29 % des sondés trouvent la traçabilité des personnes "vraiment effrayante", contre 51 % qui considèrent qu'elle "présente certains avantages" mais "qu'elle doit être contrôlée".

Malgré ce terrain favorable, tous les industriels des puces RFID se disent concernés par la question de la protection de la vie privée. Leur réponse à ce problème tient essentiellement dans la possibilité de destruction des tags grâce à une commande "kill", un ordre d'autodestruction qui les rend inactifs. L'utilisateur préserve alors son intimité mais perd tous les profits associés aux tags RFID : authentification, garantie, service après-vente, maintenance... Mais STMicroelectronics dit pouvoir réduire la portée de la puce radio sans la tuer... Elle n'est alors plus lisible qu'au contact du lecteur.

Confiantes dans la tolérance du public, les grandes entreprises fourbissent leurs applications des tags RFID. Agence bancaire ou cabinet médical, tels sont les décors choisis par l'opérateur de télécoms anglais BT, dans son centre de recherche d'Adastral Park, près d'Ipswich, pour démontrer à ses clients les possibilités des systèmes offerts. Ainsi l'Agile Bank reconnaît instantanément le client grâce à la puce incorporée à sa carte bancaire. "Les employés de la banque connaissent aussitôt l'état du compte du client ou la date de sa dernière réclamation", indique Peter Richards, chef des solutions pour le marketing et l'industrie financière chez BT.

La démonstration médicale est encore plus spectaculaire. Rob Mayhew, directeur des équipements clients de BT, y présente une chaîne complète. Les puces radio identifient aussi bien le malade que les prescriptions et permettent d'accéder au dossier médical. Elles évitent toute erreur d'administration des médicaments tout en gérant le stock chez le pharmacien et même l'alimentation de ce dernier par le laboratoire...

Le laboratoire pharmaceutique américain Pfizer, de son côté, lutte déjà contre la contrefaçon en intégrant une puce RFID dans la tête de chaque flacon de Viagra. "L'ouverture casse le tag pour éviter toute réutilisation", explique Guiseppe Zaccaria, chez Tagsys, société française qui fournit à Pfizer les tags pour Viagra. Quant à IBM, elle a été victime du trop grand succès auprès de ses clients d'une publicité dans laquelle le conducteur d'un camion égaré explique à son collègue pourquoi leur erreur a été repérée par leur société. Un rien désabusé, il conclut : "Les colis savaient qu'on était perdus..."
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MessageSujet: Re: La planète des puces   Dim 27 Aoû - 7:59



Les techno-puces attaquent
Marine de La Horie
24/08/06

Les puces RFID sont des étiquettes lisibles à distance et qui se souviennent de tout. Une technologie qui est en train de nous envahir...

Que diriez-vous si votre frigo était capable de surveiller le nombre de yaourts qu'il contient et de modifier en conséquence par l'Internet la liste des prochaines courses ? Et si votre lave-linge pouvait lire l'étiquette des vêtements pour choisir le programme de lavage le mieux adapté ? Ou si vous pouviez être averti si votre enfant s'écartait du trajet domicile-école ? Cela est aujourd'hui possible ou existe même déjà, grâce aux puces RFID (Radio Frequency Identification). Il s'agit de microprocesseurs à mémoire simplifiés qui communiquent leurs données par fréquence radio. Réduites à un minuscule morceau de métal, les puces mémoire contenues dans les RFID peuvent stocker des informations et les échanger sans contact et sans pile, car seul le lecteur à distance a besoin d'énergie pour « réveiller » la puce.

Plus fine qu'un grain de riz, la puce implantée sous l'épiderme de Paul, facteur californien, renferme l'intégralité de son dossier médical. En cas d'accident, un aller-retour de lecteur électronique sur son avant-bras suffira aux secours pour connaître son groupe sanguin et découvrir que Paul est diabétique et allergique à la pénicilline. Aux Etats-Unis, de nombreux volontaires ont déjà adopté la puce RFID sous-cutanée.

Contrairement aux codes-barres, les puces RFID ne nécessitent pas d'être visibles ni d'être approchées du lecteur pour être déchiffrées. Elles ne craignent ni l'eau, ni le gel, ni les températures élevées. Leur durée de vie peut atteindre plusieurs années. Dans les magasins, les RFID offrent une protection invisible contre le vol, car, dès que la puce insérée dans un objet sort de son périmètre de sécurité, elle peut déclencher une alarme. Les applications des RFID sont déclinables à l'infini, mais, dès que cette technologie touche directement l'homme, les dérives deviennent incontournables. Ce flicage inquiète les défenseurs des libertés individuelles. Ces puces pouvant transmettre des données personnelles, les risques d'espionnage sont inévitables. « Comme les RFID fonctionnent par ondes radio, la collecte de données peut être faite à l'insu de la personne concernée », admet Yann Le Hegarat, ingénieur chargé de mission à la CNIL, la Commission nationale de l'informatique et des libertés. « Mais il n'y a pas que des aspects négatifs, tempère-t-il. La traçabilité permet aussi d'apporter à l'objet "taggé" une valeur ajoutée. C'est notamment vrai pour tout ce qui concerne le contrôle de la chaîne du froid. Mais, pour éviter les dérives, il faut être informé de la présence de ces puces et savoir les neutraliser. »

C'est bien là toute la question, car, pour l'instant, la sécurisation reste floue. Modifier le prix des objets « pucés » vendus dans certains supermarchés est à la portée de n'importe quel petit génie informatique, tout aussi capable de cloner un passe de chambre d'hôtel ou de voiture. Encore plus inquiétant, la technologie RFID associée à des techniques de profilage est devenue une réalité outre-Atlantique. Imaginez : vous êtes au supermarché et poussez votre chariot dans les rayons. Vous attrapez un paquet de lames de rasoir équipé d'une puce RFID. Au moment où l'objet quitte son emplacement d'origine, le mouchard inséré par le fabricant dans le packaging se « réveille ». Un appareil photo numérique se déclenche dans les rayons du magasin et vous tire le portrait, en enregistrant la date et l'heure. Reproduisez l'opération pour chaque produit « pucé » que vous glissez dans votre chariot. Une fois arrivé à la caisse, un lecteur est alors en mesure d'analyser le contenu du chariot et les photos permettent de retracer votre parcours dans le supermarché.

Evidemment, cette technique d'espionnage abusif a immédiatement été dénoncée par les lobbys américains de défense des consommateurs. La très influente association Caspian (Consumer Against Supermarket Privacy Invasion and Numbering) milite pour que chacun soit averti par un logo lorsqu'un produit est « pucé ». Elle a déjà appelé ses disciples à boycotter certaines marques férues des puces RFID.

Les spécialistes voient en ces étiquettes intelligentes la perspective d'une révolution technologique et économique comparable à l'Internet. Selon une étude du cabinet IDTechEx, le marché des RFID va produire 2,5 milliards de dollars de revenus en 2006, puis dépasser 25 milliards en 2016. Les partisans des puces RFID tentent de calmer le jeu en rappelant que, s'il existe des risques de dérive, toute innovation technologique véhicule son lot de peurs nouvelles. La solution ? Que ces puces soient sécurisées à 100 % et que le consommateur soit systématiquement averti de leur présence et puisse les désactiver après coup.
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