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 L'Afrique des femmes

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Gintonik

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Localisation : Chine
Date d'inscription : 28/04/2006

MessageSujet: L'Afrique des femmes   Jeu 27 Juil - 11:05



"En Afrique, les femmes ont perdu leur pouvoir"
Citation :

Propos recueillis par Pierre Cherruau et Gina Milonga Valot
27 juil. 2006

Auteure très remarquée du roman Le Parlement conjugal, l'écrivaine mozambicaine Paulina Chiziane jette un regard critique sur l'évolution des droits de la femme au Mozambique.


Paulina Chiziane

Il est rare de voir une femme africaine parler aussi ouvertement de sexualité. Comment a été accueilli votre roman* au Mozambique et ailleurs en Afrique ?

PAULINA CHIZIANE
Naturellement, les femmes ne parlent pas ouvertement de la sexualité, surtout publiquement. Cela a été osé de ma part. J'admets que j'ai eu peur de publier le roman. Je pensais au scandale qu'il pouvait provoquer. Mais j'ai eu le courage de le faire; et les gens se divertissent beaucoup en lisant ce livre. C'est un véritable succès au Mozambique.

Vous employez parfois un langage cru. Est-ce une manière de montrer l'émancipation des femmes et leur liberté d'esprit ?

Le langage direct est le produit de ma propre liberté, de mon âge peut-être – j'ai 51 ans. Il n'existe plus beaucoup de secrets pour moi. C'est pour cela que je pense qu'il fallait dire les choses telles qu'elles sont.

Vous considérez-vous comme une féministe ?

Je suis une femme, j'aime écrire sur les femmes. Mais est-ce être féministe ? J'écris mon monde. Je suis contre la guerre des sexes. Hommes et femmes ont été faits pour vivre en harmonie et non pas en guerre. C'est pour cela que l'homme ne doit pas se sentir supérieur. Ni la femme, d'ailleurs.

Au Mozambique, la condition des femmes a-t-elle considérablement évolué au cours des dernières années ?

Oui, beaucoup, mais pas pour toutes les femmes. Il y a encore beaucoup de femmes analphabètes et très pauvres. La situation dans les zones rurales est très mauvaise ; il faudrait l'améliorer. Par ailleurs, le gouvernement et certaines ONG ont fait des efforts considérables.

Pensez-vous que l'émancipation des femmes soit en marche en Afrique ?

Il est difficile de répondre à cette question. L'Afrique reste l'Afrique. Dans l'histoire du continent noir, il y a eu beaucoup de femmes puissantes. Mais, avec le colonialisme, l'Afrique s'est occidentalisée et les femmes ont perdu le peu de pouvoir qu'elles avaient. Aujourd'hui, nous cherchons à retrouver un héritage perdu : la tradition. Au Mozambique, nous avons eu beaucoup de reines (pouvoir traditionnel). Dans le nord du Mozambique, il existe toujours de nombreuses femmes jouissant d'un grand prestige dans le cadre du pouvoir traditionnel. Toutefois, parce que ce pouvoir n'entre pas dans le modèle formel occidental, sa valeur est très peu reconnue. L'émancipation des femmes est un immense programme ; depuis la lutte de libération nationale, nous avons plusieurs mouvements de promotion de la femme. En conséquence, le nombre de femmes qui occupent un espace dans la sphère publique s'accroît : c'est le cas de notre Premier ministre, Luisa Diogo, celui de la championne olympique Lurdes Mutola, mais également celui de Graça Machel (épouse de Nelson Mandela), pour citer quelques noms. L'Afrique s'occidentalise rapidement, mais cela ne se traduit pas nécessairement par des progrès de la condition féminine.

La politique est absente de votre roman. Est-ce qu'elle intéresse assez peu les Mozambicains ?

Personnellement, j'aime écrire sur les gens plutôt que sur la politique, Mais la politique occupe dans la vie des Mozambicains un espace central. La plupart des Mozambicains s'y intéressent de près. Moi aussi, de temps en temps.

Le Mozambique est souvent présenté comme un modèle en Afrique. Pourtant il reste l'un des plus pauvres du continent. Comment expliquer ce paradoxe ? Le Mozambique est-il réellement en train de sortir de l'ornière ?

La contradiction entre le modèle de développement et la persistance de la pauvreté est quelque chose que je ne sais pas expliquer ; peut-être qu'un bon politique ou un bon économiste saurait le faire. Le développement, pour moi, signifie d'abord la fin de la guerre et du pain pour chacun. La guerre civile est terminée. Mais la lutte continue à la maison : contre la violence domestique, pour les droits des femmes et des enfants, contre la pauvreté. Nous considérons les nouvelles luttes comme un défi. Sous cet aspect, oui, nous sommes en développement.


* Le Parlement conjugal : une histoire de polygamie (éd. Actes Sud, 2006 ; voir Courrier international n° 663, du 17 juillet 2003).
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Gintonik

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MessageSujet: Re: L'Afrique des femmes   Jeu 31 Aoû - 4:22



Dorra Bouzid
27 août 2006


Dorra Bouzid

Première journaliste tunisienne

TUNISIE - Béchir Ben Yahmed avait créé le 23 mai 1955 dans le numéro 5 de l’hebdomadaire L’Action (futur Afrique Action puis Jeune Afrique) une rubrique, « Leila vous parle », rédigée par lui et ses collaborateurs. M’ayant rencontrée à Paris, étudiante en pharmacie, militante nationaliste, féministe et journaliste en herbe dans La Voix de l’étudiant, BBY avait reconnu en moi, parmi les deux ou trois étudiantes tunisiennes à l’étranger, celle qui allait donner sa concrétisation féminine à cette deuxième « Leila ». Il me demanda alors de prendre la relève à partir de Paris, toujours sous le pseudonyme de « Leila ».

J’acceptai avec fougue, malgré les risques, grands à une époque où les femmes étaient brimées et occultées par les Tunisiens autant que « les Arabes » l’étaient par les colons, et commençai dès le numéro 8, le 13 juin 1955, avec ce titre provoquant : « Appel pour le droit à l’émancipation ».

C’est ainsi que, tout en terminant mes études de pharmacie, un an avant l’indépendance et le code du statut personnel, seule fille de l’équipe du journal, je me lançai passionnément et bénévolement dans la bataille médiatique féministe. De Paris, je bombardais la rédaction de billets incendiaires où je tirais à bout portant contre tout ce qui était rétrograde et aliénait ma liberté et celle de mes sœurs opprimées.

Combien de fois n’ai-je pas entendu tonner les injures et les menaces contre cette maudite « Leila » qui osait réclamer des choses subversives insupportables et à qui, si on la tenait, « on ferait un sort ». Mon courrier - le plus abondant du journal - oscillait entre la haine hargneuse et la solidarité admirative. « Leila vous parle » devint très vite une page féministe professionnelle, la première de l’histoire de la Tunisie et du monde arabo-africain, « L’action féminine ».

J’y réclamais l’émancipation, la monogamie, le droit de disposer de son corps, le droit au travail, à l’instruction… Bref, l’égalité totale. J’y saluais la première élection de femmes au Néo-Destour, l’abolition du voile dans les écoles et, enfin, le révolutionnaire code du statut personnel, du 13 août 1956, « offert à nous, écrivais-je dans une double page spéciale, et qu’il fallait mériter, imposer et appuyer » (n° 65, 3 septembre 1956).

J’ai eu l’immense joie de vivre ce fabuleux « 13 août » non seulement comme une jeune fille libérée brusquement des atroces jougs ancestraux, mais aussi comme journaliste. Folle de joie comme toutes mes sœurs de tous âges, je suis descendue avec elles dans la rue pour acclamer et appuyer cette promulgation - scandaleuse pour les âmes bornées. Et pour témoigner, dans une double page spéciale demeurée célèbre, sous le titre général : « Les femmes tunisiennes sont majeures ». Tout d’abord, un éditorial soulignait la collaboration à l’élaboration du CSP de… deux cheikhs, Abdelaziz Djaït et le recteur de la Zitouna, Tahar Ben Achour : « Le code est-il incompatible avec la religion ? » Sous leur photo, les deux cheiks déclaraient : « Nous sommes dans une période qui doit montrer que la religion peut s’adapter : l’essentiel est l’évolution. Et respecter l’esprit de l’islam. » Une mémorable polémique devait suivre !

Un grand reportage rapportait les réactions des filles et des garçons qui sillonnaient la ville en chantant. Il y avait aussi ceux qui étaient interloqués, inquiets. Celles qui étaient, hélas, « indifférentes », ou seulement « bien contentes… ». Et celles qui auraient « préféré que “Si Lahbib” donne du travail à leur mari ».

Quant à nous, les nouvelles libérées, nous vivions ce moment comme une révolution. En ce 13 août fabuleux, quelque cinq mois seulement après la première libération, celle de l’Indépendance, nous abordions avec ivresse cette seconde délivrance : fini la tutelle masculine, l’horrible épée de Damoclès de la répudiation et de la polygamie, le cauchemar des mariages imposés, etc.

Avec ce nouveau code révolutionnaire, mes vœux les plus chers étaient comblés. Le combat devait se déplacer, répétais-je, vers un féminisme constructif : « On nous a offert la liberté sur un plateau, écrivais-je. Maintenant, il faut la mériter, l’imposer et l’appliquer. Tout est à faire. » La Tunisie est toujours le seul pays arabe qui reconnaît l’égalité des sexes. Mais la vigilance doit rester. Les retours en arrière sont toujours possibles. Les mentalités rétrogrades ne sont jamais totalement éradiquées. Et dans notre CSP, il y a des lacunes. Encore des droits à établir…
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